« Je crois à la valeur de l'exemple »
Comme « Le peuple migrateur » et « Microcosmos », « Océans », son prochain film qui fera surface sur nos écrans début 2010, nous sensibilisera à la protection de l'environnement. Fervent éveilleur de consciences, Jacques Perrin est également administrateur de la Fondation EDF Diversiterre.
Vous avez accepté de présider le jury des premiers Trophées des Associations lancés par la Fondation EDF Diversiterre. Qu'est-ce qui vous a touché dans cette initiative?
Jacques Perrin : Elle témoigne de l'esprit d'ouverture de la Fondation sur ce qui se passe à l'extérieur. Nous savons que, partout en France, il existe une multitude d'associations. Chacune, souvent isolée, ignore ce que font les autres. Nous devons chercher à mieux les connaître et aussi les aider à mieux se connaître entre elles. La Fondation ne cherche pas à créer un concours de plus avec des exercices imposés. Elle veut au contraire mettre en lumière les bonnes initiatives afin que d'autres puissent les reprendre, les compléter ou les personnaliser, et se les approprier. Cette démarche me touche par son humilité !
Ces Trophées encouragent les actions d'associations locales. Quel regard posez-vous sur leur travail et leur rôle dans notre société ?
J. Perrin : Elles ont un rôle essentiel ! Je suis toujours admiratif de ceux qui prennent des initiatives dans quelque domaine que ce soit. Je connais par exemple une association créée par un petit groupe de jeunes, la Dame blanche, qui s'est donné pour mission de secourir les animaux sauvages blessés en Normandie. Chaque année, elle en recueille près d'un millier qu'elle soigne dans un petit dispensaire avant de les remettre en liberté. C'est remarquable ! Beaucoup d'autres associations font preuve d'une égale ardeur à l'échelle de leur quartier ou de leur commune. Il faut à la fois les encourager et donner à d'autres l'envie de les imiter car c'est en multipliant les actions locales que nous parviendrons à des résultats décisifs pour la collectivité toute entière.
Les Trophées soutiennent les actions d'associations en faveur des jeunes. Votre soutien à ce projet exprime-t-il un message au grand public, aux nouvelles générations en particulier ?
J. Perrin : Quand on demandait à Tabarly, peu avant sa mort, s'il avait un message à adresser aux jeunes, il partait d'un grand éclat de rire ! Je n'ai aucun message à délivrer, si ce n'est celui-ci : faisons les choses, sans nous prendre trop au sérieux, car ce sont les traces, les sillages, les exemples qui importent. Nous avons tous besoin de l'exemplarité des autres pour avancer. C'est pour cela qu'il me parait important d'aider les jeunes au moment où ils entrent dans la vie. En donnant la main à autrui, on ne fait pas seulement preuve de grandeur d'âme. On s'enrichit soi-même, on construit une relation, un projet, un avenir. On vit certainement mieux quand on est solidaires !
Quels sont pour vous les grands enjeux qu'il nous faut affronter collectivement ?
J. Perrin: Le combat pour l'environnement est un enjeu majeur car les atteintes subies et les menaces qui pèsent sur la planète au cours des dernières années sont redoutables et elles hypothèquent notre avenir. Pourtant, je suis persuadé qu'aujourd'hui les jeunes sont beaucoup plus soucieux de protéger la nature que ne l'étaient les jeunes de ma génération.
Cela dit, chacun des trois domaines d'action auxquels s'adressent les Trophées des Associations - préservation de l'environnement, accès à la culture pour tous et solidarité-intégration sociale - représente un enjeu d'autant plus important qu'il est un facteur de cohésion. Comment les séparer ? Ils sont indissociables, interdépendants. La respiration culturelle est aussi indispensable que la respiration physique.
Seulement, n'attendons pas que le maire ou le politique nous dise d'agir. Donnons-nous plutôt la main, engageons-nous ! Je crois à la vertu des petits îlots d'humanité car nous vivons plus localement en nous recentrant sur notre environnement proche. Pour vivre mieux, prenons nous-mêmes des initiatives. Les associations sont des espaces de liberté où l'on peut à la fois agir et se réenraciner.
Cette opération est très participative, puisqu'elle permet à chacun d'agir en proposant ou en soutenant une association...
J. Perrin : C'est ce qui fait qu'elle est innovante. Je crois à l'effet boule de neige du réseau pour réveiller les consciences et les bonnes volontés. Donnons-nous rendez-vous dans un an. Je suis sûr que, d'ici là, ces Trophées auront aidé à semer de nombreuses et précieuses graines de changement. Auparavant, je lance un appel à chacun : si vous connaissez une petite association originale, exemplaire, faites-la connaître !
Un message pour les associations ?
J. Perrin : Surtout, n'ayez pas peur de dire ce que vous faites. N'hésitez pas non plus à vous copier les unes les autres : ces Trophées ne sont pas une compétition. Aujourd'hui, pour être bénéfiques à tous, les belles expériences et les bonnes pratiques doivent être mises en commun et partagées. Les récompenses attribuées aux associations ne signifient pas nécessairement qu'elles soient les meilleures, elles indiquent seulement qu'elles sont utiles et exemplaires. Les Trophées ne sont pas un concours, ils encouragent certaines associations méritantes mais surtout ils permettent d'échanger, de se rencontrer, de se connaître, d'élargir un tissu d'initiatives et de bonne volonté.